Man, ville touristique, beauté naturelle avec ses nombreux sites qui attirent sans forcer. Mais un charme qui peine de plus en plus à se percevoir pour plusieurs raisons parmi lesquelles un facteur qui prend de l’ampleur.
Le patrimoine naturel est exceptionnel. À Man, on peut le dire sans se tromper, dame nature a été généreuse.
Dans cette commune et ses environs, on trouve presque tout ce dont un pays a besoin pour un tourisme vrai.
Cascades mythiques, montagnes sacrées, ponts de lianes, tenues traditionnelles, forêts verdoyantes, cultures vivantes…
Man a tout pour briller. Dans cette localité en effet, les paysages pourraient figurer sur des brochures internationales.
Mais tous ces éléments naturels qui font le charme de la commune et ses environs souffrent. Ils étouffent.
Dès que le visiteur quitte les sentiers balisés, le contraste est grand. Pour être précis, la capitale de la région du Tonkpi illustre parfaitement le paradoxe ivoirien.
La localité a un potentiel touristique immense, mais manque d’entretien.
« On dirait que personne ne tient les rênes », crient des acteurs locaux du tourisme
Gueu Mathieu est un opérateur dans le domaine du tourisme local.
Au Café des Montagnes, en plein centre-ville où ouestmedia.ci le rencontre, il se confie.
« Chaque année, des touristes arrivent avec des étoiles plein les yeux. Et chaque année, ils repartent en se plaignant des routes défoncées.
Ils se plaignent aussi de l’insalubrité et du manque de signalisation ; d’une ville qui étouffe pour résumer.
Nous qui opérons dans le secteur, on passe plus de temps à justifier ce qui ne va pas, qu’à raconter notre culture.
C’est épuisant et humiliant », fustige-t-il.
Il montre du doigt la rue principale, embouteillée, où motos et vendeurs ambulants se disputent l’espace.
« Regardez, les feux de signalisation fonctionnent, mais ils ne sont pas respectés.
Les personnes commises pour fluidifier le trafic ne font pas correctement leur boulot. C’est le far-west », se désole Gueu Mathieu.
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Difficultés d’accès à des sites
Quelques encablures plus loin, au marché central, Adama Konaté tient une petite échoppe de sculptures. Lui aussi crie sa désolation.

« On nous parle de développement touristique, mais ma boutique est inaccessible en voiture.
Les clients étrangers ne veulent pas se battre dans la situation présente pour acheter un masque.
La mairie installe des poubelles, trois jours après, elles sont débordées et les ordures jonchent le sol.
C’est comme si l’État et la région nous avaient oubliés », explique -t-il à ouestmedia.ci.
Les ordures, un mal dans la ville
La gestion des déchets est l’exemple le plus frappant de ce qui ne va pas dans cette ville touristique.
En périphérie de Man près de la route de Danané, des immondices brûlent à ciel ouvert. Un spectacle qui laissant échapper une fumée âcre avec des odeurs indésirables.
Mariam Diakité, habite le quartier Doyagouiné, voisin de ce dépotoir improvisé. Elle décrit la cohabitation avec les ordures.
« Nous payons la taxe d’enlèvement des ordures, le camion passe une fois par semaine.
Après son passage, les gens jettent tout dans la rivière. Quand il pleut, les caniveaux sont bouchés. L’eau déborde et inonde les maisons.
On vit dans la saleté, alors qu’on est entourés de forêts magnifiques », dit-elle.

Contactée, la direction régionale de l’Environnement reconnaît « des difficultés logistiques ».
Elle assure toutefois qu’« un plan de modernisation de la collecte des ordures est à l’étude ».
Les solutions des opérateurs dans le tourisme
Pour résoudre cette situation, les opérateurs économiques locaux disent avoir leur recette
Ils annoncent avoir élaboré un » plan d’urgence touristique » déjà à la disposition des autorités locales.
« Nous demandons trois choses simples. Ce sont la réhabilitation des voies d’accès aux sites touristiques.
La mise en place d’une brigade touristique municipale pour gérer l’accueil et la sécurité. Et un véritable plan de communication » font-ils savoir.
Non sans faire remarquer qu’à ce jour, aucune de ces propositions n’a été mise en œuvre.
Difficile de vendre la destination Man
Du côté des jeunes entrepreneurs, l’impatience grandit également.
Élodie Mah, a ouvert il y a deux ans un restaurant sur la route menant à la cascade naturelle de Zadepleu.
« Je crois en Man, c’est pourquoi j’y ai investi toutes mes économies.
Mais je dois moi-même entretenir 500 mètres de route pour que mes clients puissent arriver dans mon restaurant.
En outre ici à Man, nous n’avons même pas l’eau courante 24h/24.
Comment vendre une destination “nature de luxe” dans ces conditions ? » s’interroge-t-elle.
Comme on le voit, si Man est d’une beauté naturelle avec de nombreux atouts touristiques, cette beauté s’en dort de plus en plus.
Au regard en tout cas de ces facteurs qui révèlent de l’action humaine. Un mal qui pourrait pourtant trouver solution, si la volonté de tous y est.
Ashley Oulaye à Man
OM – 2/26

















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